viernes, 31 de mayo de 2013

Homophobie : en 2012, les langues se sont déliées

«Eh les gars, qui c’est la femme ?» ; «Vous n’êtes pas des vraies filles !»L’an passé, comme en 2011 et comme depuis tant d’années, les insultes ont fusé. Blessantes. Humiliantes. Et surtout plus nombreuses. Comme le souligne le dix-septième rapport de SOS Homophobie rendu public hier, 2012 restera marquée par une inflation du pire : l’association a en effet reçu 1 977 témoignages (par téléphone, courriers, courriels, tchat, entretiens) d’hommes et de femmes, gays, lesbiennes, bi ou trans, en souffrance. Soit une hausse de 27% par rapport à 2011, la plus forte depuis huit ans.
Revers d’un débat sur le mariage pour tous qui s’est polarisé et étiré dans le temps, l’homophobie aussi s’est retrouvée à la noce en libérant la parole tant des victimes que de leurs agresseurs. Pas un hasard si en décembre dernier, entre la grande manif des anti, les repas de Noël voire les messes de minuit, le standard de l’association a plus que chauffé : trois fois plus de témoignages en décembre 2012 qu’en décembre 2011.
Vraiment homophobe cette France, qui est pourtant devenue le mois dernier le quatorzième pays à autoriser les mariages entre homos, sous réserve de l’avis du Conseil constitutionnel qui est attendu avant vendredi ? Difficile de quantifier. Le rapport annuel de SOS Homophobie n’est pas une radiographie scientifique avec échantillons représentatifs. Mais il s’agit d’un précieux indicateur. Qui enregistre une envolée de la violence verbale, tandis que les agressions physiques (122 cas, soit une tous les trois jours) baissent légèrement (30 de moins par rapport à 2011). Il persiste à désigner Internet comme le principal vecteur d’insultes, via les réseaux sociaux, les forums. Passage au crible des trois facettes de l’homophobie en augmentation.
Le mal-être de la vie cachée
Ainsi s’interroge le rapport 2012 qui a vu augmenter les appels d’homos, non pas pour dénoncer des faits précis, mais pour faire part de leur mal-être. Dans la moitié des cas «à cause de l’homophobie ambiante», cette«homophobie sociale» faite d’ignorance et de rejet. Conséquence, 17%«ont peur d’évoquer leur identité sexuelle ou leur identité de genre et du rejet que cela déclencherait». Comme Nathan, 18 ans, qui ne sait pas du tout «comment s’y prendre», dit avoir «peur de la réaction de son meilleur ami» et confie qu’il «n’en peut plus de mentir et de se cacher».
Annick, elle, s’est décidée à faire son coming out à son travail. Depuis, elle déjeune seule presque tous les midis. Ses collègues «se sont peu à peu éloignées». Et puis il y a Charles qui «dort très mal et a besoin d’être rassuré». Il faut préciser que sa voisine n’hésite pas à dire à ses chiens : «Ne vous approchez pas, sinon vous allez attraper le sida.»
Rejet à La cour de récré
Jérôme est en bac pro. Il ne veut plus aller au lycée, de crainte d’être battu à mort ou d’être enterré vivant par un élève qui le harcèle. Gilles, lui, est baptisé le «pas normal» ou «la bête de foire» dans son lycée privé. 2012 a vu une forte augmentation de l’homophobie en milieu scolaire. Plus 38% d’insultes, de menaces, de rejets et de coups en un an. Les victimes ? Essentiellement des garçons (60%), âgés de moins de 18 ans (46%) et au lycée (69%). Parmi les 91 témoignages, certains alertent sur le mutisme ou le laxisme de certains enseignants ou responsables scolaires.
Là encore, le mariage pour tous, les débats au sein des collèges et des lycées ont pu «favoriser la libération des expressions homophobes», précise Elisabeth Ronzier, présidente de l’association SOS Homophobie. Reste que les cours de récré, même avant le débat, ont toujours été un terreau fertile. Et un terrain dangereux : un ou une ado LGBT a entre sept et treize fois plus de risques de tenter de se suicider qu’un ado hétéro.
Les lesbiennes se manifestent
Elles ont défilé. Demandé la procréation médicalement assistée, en vain. L’an passé, bien que moins nombreuses que les hommes, les lesbiennes ont été plus nombreuses à témoigner. En 2012, SOS Homophobie a recueilli 338 témoignages de femmes. Bilan ? «Les cas de lesbophobie augmentent de 30%.» «L’an dernier, nous avons mené un travail de sensibilisation et d’enquête pour briser le silence de la lesbophobie, justifie Léa Lootgieter, vice-présidente. Nous voulons identifier les spécificités des violences commises à l’encontre de chaque population.»
Ainsi, contrairement aux gays qui subissent l’homophobie majoritairement au travail et dans leur voisinage, c’est au sein de leur famille que les femmes ressentent le plus de violence. Bien souvent, c’est la mère qui rejette la sexualité de sa fille. Comme pour Emma, 15 ans, à qui sa mère a lancé après son coming out : «Je te tiendrai et il y aura dix mecs qui te passeront dessus, mais tu deviendras hétéro !»Deuxième foyer de lesbophobie : les lieux publics où la violence physique prend parfois le pas sur les insultes. «Les agressions physiques qui nous ont été rapportées ont toutes été commises en groupe, de trois à seize personnes, hommes et femmes confondus», souligne le rapport. C’est ce qui est arrivé à Michelle. Au cours d’une soirée au bowling, après avoir été insultée, elle a été tabassée par seize hommes. Michelle est tombée dans le coma et a eu la mâchoire fracturée. «Nous devons plus que jamais lutter pour inciter les femmes à réagir à cette violence», alertent les auteurs du rapport. Depuis le 30 mars, SOS Homophobie a lancé une enquête spécifiquement centrée sur la lesbophobie.

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