miércoles, 9 de marzo de 2011

Guantanamo, la promesse non tenue d'Obama

"La prison qui ne va jamais disparaître" : l'éditorial du New York Times sonne comme un aveu d'échec. "La prison de la baie de Guantanamo, à Cuba, a longtemps été l'incarnation de l'arrogance et de l'anarchie de l'ère Bush, et Barack Obama a suscité les espoirs de millions de personnes autour du monde quand, en 2008, il a fait campagne autour de la promesse de la fermer. Lundi, cette promesse a été réduite en poussière, victime de la pusillanimité du Congrès et de l'incapacité du président Obama à capter le soutien politique nécessaire pour sortir du bourbier moral créé par son prédécesseur."
Lundi, le président américain a en effet ordonné la levée, après un hiatus de deux ans, de la suspension des procès militaires de détenus soupçonnés de terrorisme et encadré par un décret la détention provisoire illimitée de 47 détenus de Guantanamo – sur les 172 qui y sont encore emprisonnés (article en édition Abonnés). Un membre de l'administration a toutefois assuré que M. Obama reste déterminé à fermer la prison de Guantanamo et à poursuivre les personnes soupçonnées de terrorisme dans les tribunaux fédéraux américains. Comme l'avance le Los Angeles Times, Abd Al-Rahim Al-Nachiri, le cerveau présumé de l'attentat perpétré en 2000 contre un destroyer américain au Yémen, qui a causé la mort de 17 marins, pourrait être le premier détenu de Guantanamo à être jugé devant un tribunal militaire sous l'administration Obama.

UNE PROMESSE NON TENUE

"Obama revient-il sur sa promesse ?", titre le Christian Science Monitor. La presse américaine l'affirme unanimement. Dana Miliband, du Washington Post, ironise sur ce "moment formateur" dans la carrière de Barack Obama. "Il a commencé son mandat présidentiel avec la promesse de fermer Guantanamo d'ici un an. Au bout de quelques mois, il s'est rendu compte que c'était impossible. Et maintenant, il a en fait formalisé la politique pénitentiaire de George W. Bush", commente-t-il. "En un sens, l'annonce de lundi a été une reconnaissance qu'Obama a défini des attentes irréalistement hautes pendant sa campagne et au début de son mandat", résume-t-il. Lapidaire, Fox News érige la volte-face d'Obama en style politique : "Sur Guantanamo, la Libye et le gaz, Obama dit une chose et fait l'inverse."

Cette décision était toutefois "inévitable", tempère le New York Times, après le vote par le Congrès américain en décembre d'une interdiction de transfert des procès sur le territoire américain. "Un acte de lâcheté notoire", qualifie le quotidien, qui précise que cette interdiction rend virtuellement impossible la libération de prisonniers vers des pays tiers. Aussi longtemps que cette interdiction est en vigueur, estime le Time, les détenus resteront à "Gitmo" pour toujours. Et, si l'on en juge par la composition du Congrès, renchérit le New York Times, "il est probable que la prison demeure une balafre sur la conscience de la nation pour des années".

DES AVANCÉES LIMITÉES

Si le Los Angeles Times déplore, dans son éditorial, une décision qui "maintient le statut quo à Guantanamo", l'éditorial du Washington Post y voit quant à lui "à la fois un aveu d'échec et un pas dans la bonne direction". Le décret signé lundi par Obama fournit aux détenus de Guantanamo des protections juridiques significatives pour empêcher une détention injustifiée. Le New York Times salue ainsi des "améliorations", à l'instar du suivi des prisonniers par un panel indépendant, de l'accès à une assistance juridique et de l'interdiction de la torture et des autres formes de traitements inhumains. Certains avocats estiment que certains détenus pourraient ainsi être libérés plus rapidement. Daphne Eviatar, associée au Programme droit et sécurité de Human Rights First estime, pour sa part, dans le Huffington Post, que ces procédures ont "des aspects troublants avec la procédure de mise en examen utilisée en Afghanistan".

Si les commissions militaires ont fait l'objet d'améliorations significatives en 2009, comme le note le Washington Post, le Los Angeles Times relativise cette avancée. Dans son éditorial, le quotidien californien estime que "le problème avec les commissions militaires est autant symbolique que substantif. Comme Guantanamo en soi, un procès devant un organe militaire sera perçu comme illégitime dans presque tout le monde entier". "D'un coup de crayon", ajoute Tom Parker d'Amnesty International, "le président Obama a anéanti tout espoir que l'administration remette les Etats-Unis dans le cadre de l'Etat de droit en orientant les cas des détenus de Guantanamo vers les tribunaux fédéraux plutôt que les commissions militaires largement discréditées".

Pour le Washington Post, ces avancées doivent aussi être relativisées en ce sens qu'elles ne devraient s'appliquer qu'aux détenus de Guantanamo et pourraient être remises en cause par un autre président. Le quotidien américain les qualifie ainsi de "demi-mesures" qui "mettent en danger à la fois les libertés civiles et la capacité du pays à mener de façon musclée son combat contre le terrorisme". "Le pays pourrait être beaucoup mieux servi par un cadre juridique permanent autorisant le président à détenir certains terroristes présumés", plaide le quotidien. Mais les organisations des droits de l'homme sont elles soulagées, souligne le New York Times, que le président Obama n'ait pas fait voter une loi en la matière, un décret étant plus facilement abrogeable.

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