sábado, 13 de febrero de 2010

Twitter, totalitaire?

Mercredi 10 février, sur le plateau du Grand Journal, Jean-Michel Aphatie a dénoncé la dérive "totalitaire" des twitteurs et twitteuses, champions de la transparence absolue. Il faisait référence à la publication de propos d'Eric Besson, prononcés la veille dans les couloirs de RMC.
Avant de passer dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin, le ministre de l'Immigration avait "plaisanté": "Sarkozy a raison. Les médias, il faut les passer à la kalachnikov".
Christophe Jakubyszyn, rédacteur en chef de la chaîne, a posté cette phrase sur son compte Twitter. Et plusieurs sites d'actualité l'ont aussitôt reprise.
Du "populisme" s'est emporté Apathie: "Si dès que quelqu'un lève un sourcil, paf c'est sur Twitter, ça devient un peu une société totalitaire".
Totalitaire? On a déjà entendu ça, en septembre 2009, quand une caméra de Public Sénat avait enregistré la blague raciste de Brice Hortefeux sur les "Auvergnats" qui posent problème "quand il sont trop nombreux". Henri Guaino, conseiller spécial du chef de l'Etat, s'était alors indigné:
"Il n'y a plus d'intimité, plus de discrétion. (...) On vole une phrase au hasard, on en fait un événement national, on la diffuse partout, on la commente sans d'ailleurs savoir de quoi on parle (...) La transparence absolue, c'est le début du totalitarisme."
Les deux transgressions ne sont pourtant pas de même nature. Dans le cas d'Hortefeux, il ne s'agissait pas de "off" mais d'une conversation entre militants et dirigeants du premier parti de France. On se souvient que les responsables de Public-Sénat avaient refusé de diffuser cette scène. Contre l'avis de journalistes de la chaîne qui l'avaient alors transmise au site lemonde.fr.
Besson, lui, surenchérit à la kalachnikov dans le cadre d'un échange de provocation avec un journaliste. Sandrine Arfy, chef du cabinet d'Eric Besson, rapporte que l'entretien en direct avec Jean-Jacques Bourdin a été précédé d'un échange "assez potache" avec Jakubyszyn. Ce que confirme notre collègue, en précisant qu'il a été "sidéré" par la violence de la blague du ministre.
Alors que Besson venait de confier qu'il s'était blessé en tapant dans un sac de boxe, le journaliste lui demande s'il avait collé sur le sac en question les bobines de ses collègues du gouvernement, peu solidaires de son débat sur l'identité nationale. Besson répond en substance qu'il aurait plutôt collé des photos de journalistes, vu qu'il n'est pas possible, hélas, de les descendre à la kalachnikov.
"Ce n'était même pas du off, c'était du délire", témoigne Sandrine Arfy qui a assisté à l'échange.
Un journaliste peut-il "twitter" 140 signes de propos recueillis dans ces conditions? Personnellement, je reste sceptique.
On peut naturellement refuser de distinguer le "in" et le "off". Il faudra faut fixer une nouvelle règle du jeu. Convenir que dès lors qu'un politique accepte de nous répondre, tous ses faits et gestes sont susceptibles d'être rapportés.
Ce serait sans doute un bon garde-fou contre la connivence. Mais il faudrait alors se contenter de la langue de bois. Il faudra surtout, en toute logique, s'interdire de rapporter des propos d'informateurs non identifiés. Un "membre du gouvernement" ne pourra plus nous raconter le dernier conseil des ministres. Et pas question de publier le récit du bureau politique du PS par "un dirigeant socialiste".
Evidemment, le respect du "off" n'est pas dogme. Et on ne doit pas s'interdire de le briser, le cas échéant. Le journaliste politique arbitre quotidiennement sur ces questions.

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